Mon utilisation de l’intelligence artificielle

Forge-Songe est un projet fondé sur l’imaginaire, la narration et la création d’univers. Pour lui donner une identité visuelle, je produis notamment des illustrations, des images et des vidéos qui n’ont pas vocation à documenter le monde réel, mais à représenter des lieux, des personnages, des atmosphères et des histoires qui n’existent que dans l’imaginaire.

Certaines de ces créations sont réalisées, en tout ou partie, avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle générative. Je fais le choix de le préciser clairement, non pas parce que je considère devoir me justifier de leur utilisation, mais parce que je considère que chacun doit pouvoir savoir comment les contenus qu’il regarde ont été produits.

Pourquoi utiliser l’IA ?

Je suis dessinateur, graphiste, monteur et vidéaste. Comme beaucoup de créateurs indépendants, je dois cependant composer avec des contraintes très concrètes : le temps disponible, le budget, le matériel et les compétences que je peux mobiliser seul.

L’intelligence artificielle me permet de dépasser certaines de ces contraintes et de réaliser des créations qui seraient autrement hors de portée sans faire appel à des prestataires extérieurs.

Elle me permet également de créer une imagerie véritablement propre à Forge-Songe. Les univers que je souhaite représenter sont imaginaires et souvent inexistants. Une banque d’images peut fournir une photographie correspondant à une ambiance générale ; elle ne peut pas nécessairement fournir précisément le lieu, le personnage ou la scène que j’ai en tête. L’IA me permet de visualiser ce qui n’existe pas encore.

Ce choix n’est d’ailleurs pas uniquement économique. Même avec davantage de moyens, je continuerais probablement à utiliser ces outils, parce qu’ils offrent des possibilités créatives qui correspondent particulièrement bien à la nature de Forge-Songe.

Un outil dans un processus de création

Je considère l’IA comme un outil parmi d’autres.

Une image peut naître d’une idée, d’un croquis, d’une composition imaginée, d’une référence visuelle ou simplement d’une scène que je souhaite raconter. Je réfléchis à ce que je veux montrer : le cadrage, la lumière, les couleurs, l’atmosphère, les personnages, les décors et la manière dont l’ensemble doit servir l’univers de Forge-Songe. L’outil d’IA intervient ensuite dans ce processus pour donner une forme visuelle à cette intention.

Il ne s’agit donc pas pour moi de déléguer une création à une machine et d’en accepter automatiquement le résultat. Je sélectionne, compare, corrige et, lorsque cela est nécessaire, je reprends les créations dans un logiciel adapté ou dans mes autres outils de création afin de les modifier, les améliorer, les composer ou les intégrer à un support.

Pour la vidéo, le principe est similaire : l’IA peut intervenir dans la génération de certains éléments, mais le résultat final peut également faire l’objet d’un travail de montage, de composition et de postproduction.

L’outil évolue, mes méthodes évoluent avec lui, mais la démarche reste celle d’un créateur qui cherche à traduire une intention en image.

Des images imaginaires, pas des images du réel

Une particularité importante de Forge-Songe est que son identité visuelle repose largement sur des univers fictifs.

Lorsque je montre un personnage fantastique, une cité imaginaire, une créature ou une scène issue d’un scénario, je ne cherche pas à faire croire que cette chose existe. L’image est une représentation, une illustration au service d’un récit.

Dans ce contexte, l’utilisation de l’IA me permet de créer une imagerie qui serait difficile, voire impossible, à trouver dans une banque d’images traditionnelle et qui serait coûteuse à produire avec les moyens classiques.

Ces images sont donc artificielles au sens technique du terme. L’imaginaire qu’elles représentent, lui, vient bien d’une intention humaine.

Je ne cherche pas à masquer cet usage.

Je pourrais simplement utiliser ces images sans en parler. Je fais volontairement le choix inverse.

La transparence me paraît préférable à l’ambiguïté. Lorsque j’utilise une image ou une vidéo générée ou transformée avec l’aide d’une IA, je considère normal de pouvoir le dire.

Cela ne signifie pas que je considère l’IA comme supérieure aux méthodes traditionnelles, ni qu’elle doive remplacer les illustrateurs, photographes, vidéastes ou autres professionnels de la création. Elle constitue simplement, dans mon travail, un outil supplémentaire qui me permet de faire davantage avec les moyens dont je dispose.

Une question de création, mais aussi de responsabilité

L’IA générative évolue rapidement et soulève des questions importantes, notamment concernant les droits d’auteur, les conditions d’entraînement des modèles, la rémunération des créateurs et l’impact environnemental de ces technologies.

Je ne prétends pas apporter ici une réponse à l’ensemble de ces questions, pas plus que je ne souhaite transformer Forge-Songe en manifeste pour ou contre l’intelligence artificielle. Je fais simplement le choix d’utiliser cet outil avec mesure, en connaissance de ses possibilités comme de ses limites, et de rester transparent sur sa présence dans mon processus de création. C'est aussi pour cela que je me refuse à copier le style d'un artiste ou d'une création.

Pour moi, l’essentiel reste ce qui existait avant l’outil : une idée, un univers, une histoire et l’envie de leur donner une forme.

L’IA peut m’aider à donner corps à mon imaginaire. Elle ne remplace ni l’imaginaire, ni les choix, ni l’intention qui sont à l’origine de la création.